L’AUTEUR

Si j’écris sous un pseudonyme c’est pour préserver ce que j’ai à dire. « Les auteurs sont partout et les écrivains sont rares » explique Jean Guenot dans son Guide pratique pour écrivain. « L’auteur foisonne à l’intérieur de l’écrivain. Il le pousse à écrire pour être découvert, pour être admiré ; pour propager une idée de soi qu’on souhaite voir se répandre auprès des autres », dit-il plus loin. Le christianisme n’échappe pas à cette dérive, et il y échappe d’autant moins qu’il lui a été confié une parole à nulle autre pareille.

Notre époque foisonne ainsi d’hommes et de femmes pour qui l’Évangile est un prétexte. Il est même un subterfuge. Quiconque veut réussir dans un domaine où la société a mis en échec sa volonté et ses talents cherchera fortune dans l’Évangile, son propos puissant lui permettra peut-être, enfin, de réussir à « propager l’idée de soi qu’il souhaite voir se répandre auprès des autres ». Faut-il, pour lutter contre ces stars de l’Évangile, jeter et ceux-là et le Christ ? Ne faut-il pas plutôt faire ce qu’ils ne font pas, c’est-à-dire laisser à l’auteur le moins de place possible et donner au propos ce qui lui est dû : Tout !

Pourquoi les écrivains bibliques étaient-ils en retrait derrière leurs textes et son véritable auteur ? Pour deux raisons au moins. D’une part, les messages qu’ils avaient à rendre les effrayaient et c’est après une grande lutte qu’ils consentaient enfin à ployer pour les mettre par écrit : au risque de leur vie, de leur confort et d’une mise à l’écart par le groupe. Mais surtout, ayant tellement conscience n’être que de simples dépositaires, la moindre gloire que certains retiraient du message était pour eux le signe que ces hommes-là étaient des « prophètes bancals », immatures… des prophètes du mensonge.

Je propose à la vente cet opuscule. C’est une synthèse de ce qu’il me semble nécessaire de proclamer aujourd’hui. Si les circonstances me sont favorables, une suite « akklésiastique » plus prodigue verra le jour. J’y travaille. En outre, je décevrai les érudits, les théologiens et autres docteurs puisque je ne suis décoré d’aucuns diplômes. Mon cursus scolaire a péniblement atteint le baccalauréat puis s’est stoppé. Comme tous, la vie ne m’a pas épargné, en toutes sortes d’épreuves, lesquelles, plus virulentes étaient-elles, plus elles me poussaient à chercher. Ainsi, suis-je remonté dans l’Histoire biblique au cours des aléas de ma propre vie. Au fur et à mesure je lassais de côté, et même au feu, des textes trop conformes, puis je me liais d’amitié avec des écrivains qui, comme moi, n’avaient plus rien à perdre. C’est avec eux que j’ai appris à lire les Écritures. Si les quinze années passées dans les milieux ecclésiastiques n’ont su le faire, c’est parce que je cherchais le Royaume des cieux, tandis qu’on y cherche là-bas à bâtir l’Église, c’est-à-dire un Royaume des terres.